
Le projet de loi sur les langues officielles soumis au Parlement fribourgeois est une gifle à nos institutions. Mené à la va-vite pour de pures raisons électoralistes, ce texte bafoue la politique linguistique définie par notre Constitution. Il risque de raviver les querelles linguistiques passées que les solutions pragmatiques et intelligentes de nos communes ont fait disparaître.
Notre charte fondamentale établit une distinction claire et essentielle. A la base, la très grande majorité des communes, qui n’ont pas de minorité autochtone, restent unilingues selon le principe de la territorialité. La loi réserve deux catégories de minorités, dont celles, autochtones, qui peuvent bénéficier légitimement de facilités simples et sans grands coûts, mais pas d’une langue officielle.
Enfin, restent les situations exceptionnelles où une minorité est si importante qu’il est logique de permettre la reconnaissance de deux langues officielles. Les experts parlent de 25 à 35%, selon la grandeur de la commune. Vouloir imposer un critère artificiellement bas de 10%, ou s’appuyer sur de simples «reflets» historiques pour décréter qu’une minorité est «importante», est une aberration juridique.
Pire encore si c’est possible: un article permet d’introduire, par la petite porte, une deuxième langue officielle dans tous les organes de toutes les communes du canton. Un simple vote communal à la majorité simple ne saurait guérir ce que nous considérons comme des illégalités constitutionnelles. La réalité linguistique du canton à la frontière des langues n’est manifestement pas celle fantasmée par le Conseil d’Etat.